Depuis leur mise en place il y a quatre ans, il est intéressant de connaître enfin les premiers éléments de bilan du dispositif 'Emplois Tremplins', dont certains arrivent à échéance. Au-delà des répartitions par domaines, secteurs géographiques d'implantation, de données démographiques, le bilan des emplois-tremplins dont nous avons pris connaissance que le matin même du vote (volonté de dissimulation ?), ne nous permet pas de mesurer avec précision les effets sur l'emploi.
Bien évidemment, la vidéo proposée en plénière - agrémentée de témoignages élogieux - pourrait nous inciter à penser que ce dispositif est miraculeux si nous n'avions pas pleinement conscience que la majorité régionale maitrisait parfaitement l'art de la propagande.
Malheureusement, compte tenu des sommes engagées par la Région et donc par les contribuables bas-normands, il aurait été préférable que le rapport soit plus exhaustif et qu'il nous permette d'apprécier parfaitement dans quelles circonstances, par quelles structures et avec quels financements la pérennisation de ces emplois sera possible.
Contrairement aux entreprises, créatrices de richesses, les associations ont - par nature - pas vocation à dégager du chiffre d'affaires et donc à payer totalement le coût d'un salarié (30 000 € par an). Si ces dernières jouent un rôle essentiel dans nos villes, les associations n'auront - au-delà des quatre ans d'aides prévues par la Région - aucune capacité à assumer seules les charges de leurs salariés. Cela signifie irrémédiablement qu'elles seront confrontées à des problèmes de trésorerie tels que leur avenir sera menacé. L'objectif de ces emplois est-il de faire disparaître les associations de nos territoires ou est-ce un moyen de pénaliser les finances des communes qui seront dans l'obligation de palier le désengagement de la Région pour sauvegarder les associations locales ?
La majorité de gauche - soucieuse de sa communication - a t-elle réellement mesuré l'impact de sa décision politique initiale ? Aucun élément tangible d'appréciation ne figure dans le rapport. Pire, à quelques mois des élections régionales, elle persiste et signe en proposant la prolongation du dipositif d'un an avec la signature de 100 emplois supplémentaires. Une façon de remettre aux calendes grecques l'indispensable bilan de ces emplois-tremplins. L'avenir des élus serait donc plus important que celui des jeunes qui sont engagés dans un dispositif qui pourrait avoir un goût amer d'ici quelques mois...
Au-delà de notre inquiétude légitime vis à vis des emplois tremplins, nous regrettons que sur les quelques éléments d'appréciation mis à notre disposition, que le dispositif n'ait pas assez profité aux personnes les plus en difficulté. Un contresens historique lorsque l'on sait que les formations prévues en complément du dispositif auraient été indispensables pour celles et ceux qui ne disposent pas assez de savoir-faire et qui sont les plus éloignés de l'emploi.
Enfin, comment ne pas faire preuve de méfiance vis-à-vis de la majorité qui, en l'espace de quatre ans, a considérablement changé sa réthorique pour assurer la promotion des emplois-tremplins. Hier destinés à 'mettre le pied à l'étrier des personnes en difficulté avant une embauche définitive', les emplois tremplins ont dorénavant raison d'être pour apporter une aide aux structures et aux territoires.
Quatre ans après leur lancement, les emplois-tremplins n'ont visiblement pas atteint leur objectif. Un objectif clair que Madame ROYAL, leader socialiste et promoteur national du projet, avait évoqué dans le Nouvel Observateur en 2007 par ces mots : "le passage en emploi aidé ou subventionné est de l'ordre également de six mois. On peut donc penser que la durée d'un emploi-tremplin sera inférieure à un an". Deux ans plus tard, le résultat n'est pas à la hauteur des ambitions affichées... Rien de grave, ça n'aura coûté que 19 Millions... |